CARCDSF retraite : le guide pour chirurgiens-dentistes et sages-femmes libérales
Les chirurgiens-dentistes ont souvent des revenus parmi les plus élevés des libéraux — et pourtant une retraite qui déçoit. Les sages-femmes libérales, elles, naviguent entre deux régimes sans toujours savoir ce qu'elles accumulent. Voici le guide qu'il fallait.
La CARCDSF : une caisse, deux professions très différentes
La CARCDSF (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes) gère la retraite complémentaire de deux professions qui n'ont en commun que leur caisse de retraite. D'un côté, ~47 000 chirurgiens-dentistes libéraux avec des BNC souvent supérieurs à 100 000€. De l'autre, ~6 000 sages-femmes libérales avec des revenus beaucoup plus modestes et, fréquemment, un double statut libéral/hospitalier.
Structure complète de la retraite CARCDSF
Retraite de base — CNAVPL
Identique pour toutes les professions libérales affiliées à la CNAVPL : régime par points, cotisation sur les revenus BNC, valeur du point 2026 ≈ 0,614€/an. Ce régime de base représente généralement 15 à 25% de la pension totale.
Retraite complémentaire — CARCDSF
La section professionnelle CARCDSF gère un régime complémentaire par points, avec des taux de cotisation et des valeurs de points distincts pour les dentistes et les sages-femmes. En 2026, la valeur du point complémentaire CARCDSF est d'environ 3,12€/an.
ASV — Avantage Social Vieillesse
Comme les médecins et les auxiliaires médicaux, les chirurgiens-dentistes et sages-femmes conventionnés bénéficient de l'ASV. La CPAM prend en charge une partie significative des cotisations — ce qui en fait l'un des avantages les plus rentables du statut libéral conventionné.
Régime invalidité-décès
Cotisation forfaitaire couvrant l'invalidité permanente totale et le capital décès. Distincte de toute prévoyance privée.
Focus chirurgiens-dentistes : les chiffres qui surprennent
Des revenus élevés, une retraite décevante
C'est le paradoxe que beaucoup de dentistes découvrent trop tard. Un chirurgien-dentiste à 150 000€ de BNC avec 30 ans de carrière touche en retraite environ 2 400-2 800€/mois toutes sources confondues. À la même période, il gagnait ~10 000€/mois nets. Le taux de remplacement est donc d'environ 25-28% — l'un des plus faibles de toutes les professions.
Cotisations 2026 pour un dentiste à 120 000€ BNC
Retraite de base CNAVPL : ~9 400€/an — Retraite complémentaire CARCDSF : ~8 800€/an — ASV (part dentiste) : ~2 600€/an — Invalidité-décès : ~1 900€/an — Total retraite : ~22 700€/an soit ~19% du BNC.
Le piège de l'installation tardive
Les études dentaires durent 6 ans minimum (+ éventuellement spécialité). Un chirurgien-dentiste s'installe souvent entre 26 et 30 ans. Avec un départ à 64 ans, la carrière libérale est de 34 à 38 ans maximum — moins longue que pour un salarié qui commence à 22 ans.
Chaque année d'installation tardive est une année de moins de points CARCDSF et d'ASV. Le rachat des années d'études (jusqu'à 12 trimestres) est donc particulièrement pertinent pour les dentistes.
L'ASV dentiste : conditions et montant
L'ASV est réservé aux dentistes conventionnés (secteurs 1 et 2 avec CCAM). La CPAM prend en charge environ 60% des cotisations ASV. Pour 30 ans de conventionnement complet, un dentiste accumule environ 4 800 points ASV. Pension ASV estimée : 4 800 × valeur du point ≈ 700-750€/mois.
Focus sages-femmes libérales : le défi du double statut
La réalité du terrain : peu exercent à 100% en libéral
La grande majorité des sages-femmes libérales combinent une activité libérale avec un contrat hospitalier (CDI ou CDD). Ce double statut est courant — mais il génère une complexité retraite que beaucoup n'anticipent pas.
Comment se calcule la retraite d'une sage-femme polypensionnée
Prenons Sophie, sage-femme, 50% hospitalière (salarié) / 50% libérale, pendant 30 ans. Côté salarié (régime général + CNRACL si hospitalière publique) : droits calculés sur le salaire à 50% pendant 30 ans. Côté libéral (CNAVPL + CARCDSF + ASV partiel) : droits calculés sur les BNC de l'activité libérale pendant 30 ans. Les deux pensions s'additionnent à la liquidation — mais aucune des deux n'est complète.
ASV sage-femme : les différences avec les médecins
Les sages-femmes libérales conventionnées bénéficient également de l'ASV, mais avec une prise en charge CPAM différente de celle des médecins. Le montant des cotisations et la valeur des points ASV sage-femme sont distincts de ceux des médecins ou des dentistes.
Pour une sage-femme 50% libérale pendant 30 ans, la pension ASV est proportionnelle à l'activité libérale réelle : environ 350-450€/mois. Cela s'additionne à la pension hospitalière.
Exemple complet : sage-femme 50/50 pendant 30 ans
Hypothèse : 30 ans à 50% hospitalier public (traitement 2 500€/mois) + 50% libéral (BNC ~35 000€/an). Pension hospitalière CNRACL estimée : ~2 500 × 75% × (demi-carrière/durée requise) ≈ 800-1 000€/mois. Pension libérale (CNAVPL + CARCDSF + ASV) ≈ 600-750€/mois. Total estimé : 1 400-1 750€/mois. Soit un taux de remplacement correct, à condition que les deux parties de carrière soient bien documentées.
Comparatif des cotisations : dentiste vs sage-femme
Pour un dentiste à 120 000€ BNC : cotisations retraite totales ~22 700€/an (19% du BNC). Pour une sage-femme à 50 000€ BNC : cotisations retraite totales ~9 200€/an (18% du BNC). Les taux sont similaires en pourcentage — mais les montants absolus et les pensions résultantes sont très différents.
Les pièges fréquents
Les années de remplacement avant installation
Comme pour les médecins, les années de remplacement dentaire ou de remplacement sage-femme ont un statut ambigu. Un remplaçant déclare ses honoraires en BNC et cotise en libéral — mais les cotisations CARCDSF ne démarrent qu'à partir d'un certain seuil de revenus. Les années de remplacement à faible revenu peuvent ne valider que peu de points complémentaires.
Erreurs fréquentes dans le relevé CARCDSF
Les changements de cabinet (associé, exercice mixte salarié/libéral), les congés maternité en libéral, les interruptions d'activité — tous ces événements peuvent générer des erreurs d'enregistrement. La CARCDSF peut être contactée directement pour régularisation : carcdsf.fr.
Le rachat des années d'études
Les 6 ans d'études odontologiques ou les études de sage-femme (3-4 ans) sont rachetables, jusqu'à 12 trimestres maximum. Pour un dentiste à 45% de TMI, le coût net du rachat après déduction fiscale est très réduit. Ce rachat est particulièrement pertinent si vous êtes à quelques trimestres du taux plein ou d'un départ anticipé.
Optimiser sa retraite CARCDSF
PER TNS : priorité absolue pour les dentistes à hauts revenus
Un dentiste à 200 000€ de BNC et 45% de TMI peut déduire jusqu'à ~40 000€/an sur un PER. Pour 1 000€ versés, l'économie fiscale est de 450€ — le coût réel est de 550€. Sur 25 ans avec 2 000€/mois et 5% de rendement, le capital constitué dépasse 1 100 000€ — soit une rente de ~4 600€/mois pendant 20 ans. Ajoutée à la pension CARCDSF (~2 000-2 500€), le revenu retraite devient ~6 600€/mois.
Retraite progressive : possible depuis 2023
Les professionnels libéraux peuvent désormais accéder à la retraite progressive (réforme 2023). Pour un dentiste de 62 ans qui souhaite réduire son activité, ce dispositif permet de percevoir une fraction de pension tout en continuant à exercer et à cotiser. Les conditions sont similaires à celles du secteur privé.
Cumul emploi-retraite
Après liquidation de la retraite, il est possible de continuer à exercer en libéral et de percevoir des honoraires, tout en touchant sa pension. Les revenus du cumul emploi-retraite génèrent des points de retraite supplémentaires (droits rechargés) depuis 2023. Une option intéressante pour les dentistes ou sages-femmes souhaitant une sortie progressive d'activité.
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