Professions libérales7 min de lecture

CARCDSF retraite : le guide pour chirurgiens-dentistes et sages-femmes libérales

Les chirurgiens-dentistes ont souvent des revenus parmi les plus élevés des libéraux — et pourtant une retraite qui déçoit. Les sages-femmes libérales, elles, naviguent entre deux régimes sans toujours savoir ce qu'elles accumulent. Voici le guide qu'il fallait.

La CARCDSF : une caisse, deux professions très différentes

La CARCDSF (Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Chirurgiens-Dentistes et des Sages-Femmes) gère la retraite complémentaire de deux professions qui n'ont en commun que leur caisse de retraite. D'un côté, ~47 000 chirurgiens-dentistes libéraux avec des BNC souvent supérieurs à 100 000€. De l'autre, ~6 000 sages-femmes libérales avec des revenus beaucoup plus modestes et, fréquemment, un double statut libéral/hospitalier.

La CARCDSF ne gère que la retraite complémentaire. La retraite de base relève de la CNAVPL (Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse des Professions Libérales), commune à toutes les professions libérales non réglementées par leur propre caisse de base.

Structure complète de la retraite CARCDSF

Retraite de base — CNAVPL

Identique pour toutes les professions libérales affiliées à la CNAVPL : régime par points, cotisation sur les revenus BNC, valeur du point 2026 ≈ 0,614€/an. Ce régime de base représente généralement 15 à 25% de la pension totale.

Retraite complémentaire — CARCDSF

La section professionnelle CARCDSF gère un régime complémentaire par points, avec des taux de cotisation et des valeurs de points distincts pour les dentistes et les sages-femmes. En 2026, la valeur du point complémentaire CARCDSF est d'environ 3,12€/an.

ASV — Avantage Social Vieillesse

Comme les médecins et les auxiliaires médicaux, les chirurgiens-dentistes et sages-femmes conventionnés bénéficient de l'ASV. La CPAM prend en charge une partie significative des cotisations — ce qui en fait l'un des avantages les plus rentables du statut libéral conventionné.

Régime invalidité-décès

Cotisation forfaitaire couvrant l'invalidité permanente totale et le capital décès. Distincte de toute prévoyance privée.

Focus chirurgiens-dentistes : les chiffres qui surprennent

Des revenus élevés, une retraite décevante

C'est le paradoxe que beaucoup de dentistes découvrent trop tard. Un chirurgien-dentiste à 150 000€ de BNC avec 30 ans de carrière touche en retraite environ 2 400-2 800€/mois toutes sources confondues. À la même période, il gagnait ~10 000€/mois nets. Le taux de remplacement est donc d'environ 25-28% — l'un des plus faibles de toutes les professions.

Pourquoi ce taux si faible ? Les cotisations retraite sont plafonnées (au-delà d'un certain niveau de BNC, les revenus supplémentaires ne génèrent plus de droits proportionnels). Un dentiste à 300 000€ de BNC cotise davantage qu'à 150 000€ — mais pas deux fois plus.

Cotisations 2026 pour un dentiste à 120 000€ BNC

Retraite de base CNAVPL : ~9 400€/an — Retraite complémentaire CARCDSF : ~8 800€/an — ASV (part dentiste) : ~2 600€/an — Invalidité-décès : ~1 900€/an — Total retraite : ~22 700€/an soit ~19% du BNC.

Pension estimée après 30 ans à 120 000€ BNC : base CNAVPL ~280€/mois + complémentaire CARCDSF ~1 050€/mois + ASV ~720€/mois = ~2 050€/mois brut. Pour un revenu habituel de ~8 000€ nets, c'est un choc.

Le piège de l'installation tardive

Les études dentaires durent 6 ans minimum (+ éventuellement spécialité). Un chirurgien-dentiste s'installe souvent entre 26 et 30 ans. Avec un départ à 64 ans, la carrière libérale est de 34 à 38 ans maximum — moins longue que pour un salarié qui commence à 22 ans.

Chaque année d'installation tardive est une année de moins de points CARCDSF et d'ASV. Le rachat des années d'études (jusqu'à 12 trimestres) est donc particulièrement pertinent pour les dentistes.

L'ASV dentiste : conditions et montant

L'ASV est réservé aux dentistes conventionnés (secteurs 1 et 2 avec CCAM). La CPAM prend en charge environ 60% des cotisations ASV. Pour 30 ans de conventionnement complet, un dentiste accumule environ 4 800 points ASV. Pension ASV estimée : 4 800 × valeur du point ≈ 700-750€/mois.

Focus sages-femmes libérales : le défi du double statut

La réalité du terrain : peu exercent à 100% en libéral

La grande majorité des sages-femmes libérales combinent une activité libérale avec un contrat hospitalier (CDI ou CDD). Ce double statut est courant — mais il génère une complexité retraite que beaucoup n'anticipent pas.

Comment se calcule la retraite d'une sage-femme polypensionnée

Prenons Sophie, sage-femme, 50% hospitalière (salarié) / 50% libérale, pendant 30 ans. Côté salarié (régime général + CNRACL si hospitalière publique) : droits calculés sur le salaire à 50% pendant 30 ans. Côté libéral (CNAVPL + CARCDSF + ASV partiel) : droits calculés sur les BNC de l'activité libérale pendant 30 ans. Les deux pensions s'additionnent à la liquidation — mais aucune des deux n'est complète.

Piège fréquent : la sage-femme hospitalière publique cotise à la CNRACL (Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales), pas au régime général. La CNRACL a ses propres règles de calcul (dernier traitement indiciaire × 75% × durée/durée requise) — souvent plus favorables que le régime général pour une carrière complète. Vérifiez votre affiliation exacte.

ASV sage-femme : les différences avec les médecins

Les sages-femmes libérales conventionnées bénéficient également de l'ASV, mais avec une prise en charge CPAM différente de celle des médecins. Le montant des cotisations et la valeur des points ASV sage-femme sont distincts de ceux des médecins ou des dentistes.

Pour une sage-femme 50% libérale pendant 30 ans, la pension ASV est proportionnelle à l'activité libérale réelle : environ 350-450€/mois. Cela s'additionne à la pension hospitalière.

Exemple complet : sage-femme 50/50 pendant 30 ans

Hypothèse : 30 ans à 50% hospitalier public (traitement 2 500€/mois) + 50% libéral (BNC ~35 000€/an). Pension hospitalière CNRACL estimée : ~2 500 × 75% × (demi-carrière/durée requise) ≈ 800-1 000€/mois. Pension libérale (CNAVPL + CARCDSF + ASV) ≈ 600-750€/mois. Total estimé : 1 400-1 750€/mois. Soit un taux de remplacement correct, à condition que les deux parties de carrière soient bien documentées.

Conseil prioritaire pour les sages-femmes polypensionnées : vérifiez sur info-retraite.fr que CHAQUE régime (CNRACL, CNAVPL, CARCDSF) apparaît correctement. Des oublis sont fréquents lors des changements de statut. Une vérification annuelle prend 10 minutes et peut éviter des pertes de droits.

Comparatif des cotisations : dentiste vs sage-femme

Pour un dentiste à 120 000€ BNC : cotisations retraite totales ~22 700€/an (19% du BNC). Pour une sage-femme à 50 000€ BNC : cotisations retraite totales ~9 200€/an (18% du BNC). Les taux sont similaires en pourcentage — mais les montants absolus et les pensions résultantes sont très différents.

La revalorisation du PASS 2026 (+2% à 46 368€) entraîne mécaniquement une légère hausse des cotisations pour les deux professions. Les droits générés augmentent en proportion.

Les pièges fréquents

Les années de remplacement avant installation

Comme pour les médecins, les années de remplacement dentaire ou de remplacement sage-femme ont un statut ambigu. Un remplaçant déclare ses honoraires en BNC et cotise en libéral — mais les cotisations CARCDSF ne démarrent qu'à partir d'un certain seuil de revenus. Les années de remplacement à faible revenu peuvent ne valider que peu de points complémentaires.

Erreurs fréquentes dans le relevé CARCDSF

Les changements de cabinet (associé, exercice mixte salarié/libéral), les congés maternité en libéral, les interruptions d'activité — tous ces événements peuvent générer des erreurs d'enregistrement. La CARCDSF peut être contactée directement pour régularisation : carcdsf.fr.

Le rachat des années d'études

Les 6 ans d'études odontologiques ou les études de sage-femme (3-4 ans) sont rachetables, jusqu'à 12 trimestres maximum. Pour un dentiste à 45% de TMI, le coût net du rachat après déduction fiscale est très réduit. Ce rachat est particulièrement pertinent si vous êtes à quelques trimestres du taux plein ou d'un départ anticipé.

Optimiser sa retraite CARCDSF

PER TNS : priorité absolue pour les dentistes à hauts revenus

Un dentiste à 200 000€ de BNC et 45% de TMI peut déduire jusqu'à ~40 000€/an sur un PER. Pour 1 000€ versés, l'économie fiscale est de 450€ — le coût réel est de 550€. Sur 25 ans avec 2 000€/mois et 5% de rendement, le capital constitué dépasse 1 100 000€ — soit une rente de ~4 600€/mois pendant 20 ans. Ajoutée à la pension CARCDSF (~2 000-2 500€), le revenu retraite devient ~6 600€/mois.

Retraite progressive : possible depuis 2023

Les professionnels libéraux peuvent désormais accéder à la retraite progressive (réforme 2023). Pour un dentiste de 62 ans qui souhaite réduire son activité, ce dispositif permet de percevoir une fraction de pension tout en continuant à exercer et à cotiser. Les conditions sont similaires à celles du secteur privé.

Cumul emploi-retraite

Après liquidation de la retraite, il est possible de continuer à exercer en libéral et de percevoir des honoraires, tout en touchant sa pension. Les revenus du cumul emploi-retraite génèrent des points de retraite supplémentaires (droits rechargés) depuis 2023. Une option intéressante pour les dentistes ou sages-femmes souhaitant une sortie progressive d'activité.

Ressources officielles : carcdsf.fr pour votre simulation personnalisée — info-retraite.fr pour vérifier l'intégralité de vos droits multi-régimes — carmf.fr pour les médecins libéraux.
Infirmier, kiné, orthophoniste ou orthoptiste ? Guide CARPIMKO complet →
Médecin libéral ? Guide CARMF complet →

Estimez votre retraite CARCDSF en 2 minutes

Diagnostic gratuit et personnalisé — pension estimée, écart par rapport à votre objectif, leviers d'optimisation.

Faire mon diagnostic gratuit →